Voiture électrique : un long trajet en hiver

J’ai eu l’occasion de faire à trois reprises un trajet relativement long cette semaine : environ 140 kilomètres aller-retour, c’est au-delà de la limite habituelle lorsque l’on parle trajets hivernaux des voitures électriques.

Ce trajet, je l’ai testé de trois manières différentes :

  • en essayant de rouler le plus « économique » possible avec la Zoe ;
  • en roulant de manière habituelle avec la Zoe ;
  • en prenant une voiture thermique…

Rouler « économique »

Commençons par rappeler que rouler de manière économique, ça n’est pas réservé aux voitures électriques : éco-conduire est compatible avec les fumeuses ! En l’occurrence, j’ai fait les choses suivantes :

  • j’ai lancé la charge précédente immédiatement après un trajet, pour que la batterie soit chaude (une batterie froide voit sa capacité de charge diminuer) ;
  • j’ai préchauffé la voiture avant de partir, tout en la gardant branchée, en charge : de cette manière, je pars avec une voiture relativement chaude et 100% de batterie ;
  • j’ai effectué l’intégralité du trajet sans chauffage (sauf déclenchements occasionnels du désembuage, pendant quelques secondes) ;
  • j’ai limité la vitesse maximale à 90 km/h ;
  • je n’ai effectué que des accélérations douces, tant pis pour les stressés qui me « collent au cul » ;
  • j’ai évité autant que possible de freiner, privilégiant l’anticipation et les ralentissements doux.

Avec tout cela, j’ai réussi à effectuer ce trajet sans recharge à mi-parcours !

tableau de bord en conduite économique : 20kWh pour 136km

J’ai parcouru 136,2 km en consommant 20,7 kWh, pour une consommation moyenne de 15,2 kWh/100km. Il semble que c’est une consommation plus qu’honorable en hiver ! Par contre, j’ai eu froid : je pense qu’il faisant dans les 10 à 15 °C dans la voiture… Au retour, la voiture m’indiquant une charge restante de 6% : j’aurais pu rouler au total environ 145 km.

Le trajet s’est fait en 1h30 aller et 1h30 retour environ, durée tout à fait acceptable vues les circonstances.

Rouler normalement

Le troisième jour, j’ai choisi de rouler avec la Zoe comme je roulerais avec n’importe quelle autre voiture : un petit peu d’anticipation, déplacement à la vitesse maximale autorisée, chauffage à 21°C…

Bien sûr, une charge n’a pas suffi pour faire ce trajet aller-retour. J’ai alors ajouté un petit déplacement à la mi-journée : je suis allé charger la voiture sur le parking d’Ikea, distant de 8 km, profitant de cela pour faire un peu de shopping… La charge de la batterie a augmenté de 70% en 35 minutes, suffisant pour rentrer à la maison le soir.

tableau de bord en conduite normale : 31kWh pour 152km

Dans ces conditions, j’ai parcouru 152,7 km en consommant 31,2 kWh, pour une consommation moyenne de 20,4 kWh/100km. C’est parfaitement cohérent avec les chiffres annoncés pour l’autonomie en hiver : environ 100km avec un « plein »…

Le trajet s’est alors fait en 1h20 aller et 1h20 retour environ : en roulant à 110 km/h au lieu de 90 km/h, on ne gagne pas énormément sur la durée du trajet…

Je tiens toutefois à remercier le conducteur de la Zoe qui était devant moi à l’approche d’Ikea : il s’est branché sur la borne quelques secondes avant que je ne me gare mais m’a finalement laissé la place : il pouvait facilement charger sa voiture ailleurs…

Voiture thermique

Le deuxième jour, j’ai utilisé une voiture thermique. Plus précisément, j’ai utilisé mon Alfa Romeo 147 Selespeed, 2L essence. C’est loin d’être une voiture particulièrement sobre : elle est donnée pour une consommation moyenne de 9L/100km. Sa particularité est sa boîte de vitesse : séquentielle robotisée, elle peut être utilisée comme une boîte automatique. Le confort de cette voiture est plutôt bon : intérieur cuir, toit ouvrant, climatisation bi-zone…

Bien sûr, le déplacement s’est globalement bien passé. Pas de problème de chauffage, pas d’inquiétude à propos de l’autonomie… Par contre, on est largement en-dessous d’une voiture électrique en terme de confort, notamment en raison des vibrations, du bruit et des a-coups liés au passage des vitesse, notamment dans les bouchons.

Concernant les bouchons, justement… j’avais oublié à quel point la consommation d’un moteur thermique explose dans ces conditions ! En voiture électrique, on consomme largement moins dans les bouchons qu’à la vitesse maximale : d’une part la consommation d’une électrique est proportionnelle à la vitesse, d’autre part quand on ralentit on recharge la batterie. Avec l’Alfa Romeo, la consommation dans les bouchons a augmenté de 50%, voire 100%…

Au total, j’ai consommé environ 15 litres d’essence, ce qui donne une moyenne d’environ 11 L/100km.

Conclusion

On constate que, même pour des trajets quotidiens relativement longs, on peut trouver des solutions tout à fait viables.

Pour commencer, s’il y avait eu une borne de charge lente - voire une simple prise électrique extérieure - chez mon client, cela aurait permis de recharger la voiture entre l’aller et le retour, sans aucun souci. Quand on n’a pas de telle possibilité, une borne de charge rapide accessible une demie-heure ou une heure est une bonne solution de dépannage : typiquement pendant le repas…

Je pense alors qu’il faut encourager les bornes lentes dans les parkings d’entreprises et les bornes rapides à proximité des lieux où on passe un peu de temps : restaurants, centres commerciaux, cinémas, etc. Il faut également multiplier les bornes dans un même lieu : avec une seule borne, il suffit qu’un autre utilisateur soit arrivé quelques minutes avant pour que la possibilité de recharge soit anéantie, cela peut alors très rapidement poser problème…

Par ailleurs, il s’agit également d’avoir un peu de bon sens : quand on a suffisamment d’autonomie, ne phagocytons pas les bornes de charge, laissons-les libres pour les autres automobilistes, qui peuvent en avoir besoin pour rentrer chez eux… Il est également de bon ton de débrancher sa voiture dès qu’elle est suffisamment chargée, quitte à faire une pause entre deux magasins…

Enfin, je ne peux pas terminer sans évoquer la consommation ; en terme d’énergie contenue dans les carburants, en roulant « éco », 15,2 kWh/100km correspondent à 1,6L d’essence ou 1,5L de diesel ; en roulant « normalement », 20,4 kWh/100km correspondent à 2,1L d’essence ou 2L de diesel. Les 9L/100km de moyenne de mon Alfa Romeo, quant à eux, correspondent à 85,7 kWh. Bien sûr, ce ne sont que des chiffres et de nombreux autres critères entrent en jeu pour traduire ça en coût ou en pollution par exemple…

Récemment ont été annoncées des avancées dans le domaine du stockage de l’énergie : batterie avec une densité énergétique doublée ou triplée (permettant d’augmenter l’autonomie sans augmenter le poids de la voiture), piles à combustibles à hydrogène, batteries lithium-air… Ces avancées permettront d’offrir des autonomies bien supérieures à ce que l’on connaît actuellement, c’est également une solution, à moyen terme, à ces petits problèmes du quotidien. La diminution du prix des batteries et l’augmentation de leur densité sont des conditions sine qua non pour la popularisation des véhicules électriques et cela viendra tôt ou tard…

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